25/07/2026 -
LES CORSES EN MÉDITERRANÉE À TRAVERS LES ÉCHANGES CULTURELS.
MORSIGLIA. SALLE POLYVALENTE DE LA MAIRIE
Notre journée historique de Morsiglia, version 2026, aura lieu le samedi 25 Juillet et abordera la place des Corses en Méditerranée à travers les échanges culturels (pédagogie, langue, poésie, peinture, musique…).
En effet, la Corse a, de tout temps, été un enjeu stratégique, un carrefour d’échanges commerciaux mais aussi d’échanges culturels entre les diverses civilisations méditerranéennes.
La formation de l’élite corse a été tournée principalement vers l’Italie avec, comme sous bassement principal une pédagogie ecclésiastique associée à un plurilinguisme méditerranéen (latin, corse, italien, français). La littérature a largement été influencée par l’humanisme italien avec transmission et adaptation orale. Les peintres, sculpteurs, poètes, qui ont contribué à notre patrimoine étaient la plupart des artistes itinérants, créateurs d’un art religieux et populaire.
Le patrimoine culturel corse est ce mélange unique de culture locale et de celles de ces peuples méditerranéens. Cette culture s’intègre pleinement aux courants culturels méditerranéens en préservant une identité locale surtout dans la langue et l’oralité. Cette journée se propose d’explorer les échanges culturels et leurs influences mutuelles dans les domaines de l’éducation, de la littérature, de la langue, de la poésie, de l’art pictural, de la musique…
PROGRAMME
8h30. Accueil des participants
9h.15. Ouverture de la 5e journée historique. Claude Baudu, président de l’association Morsiglia Patrimoine. Jean–Christophe Liccia, président de l’association Petre Scritte
SÉANCE DU MATIN : PRÉSIDENT DE SÉANCE : JEAN-CHRISTOPHE LICCIA
10h. Eugène Gherardi, Professeur des universités, Università di Corsica – Pasquale Paoli, UMR CNRS 6240 LISA.
« L’éducation des jeunes Corses aux XVIIIe et XIXe siècles : évolution des structures éducatives, transformations linguistiques et culturelles, héritage italien et nouveauté française ».
Depuis le XV e siècle, l’école corse repose souvent sur des conventions passées devant notaire par les chefs de famille réunis en assemblée dominicale. Le maître d’école est recruté pour un an, avec possibilité de reconduction, notamment en Balagne, dans le Cap Corse et en Castagniccia. Parallèlement, plusieurs couvents organisent un enseignement ouvert aux enfants comme aux adultes, dans l’esprit de la Contre-Réforme où les ordres religieux jouent un rôle essentiel. Parmi eux, les Servites de Marie sont particulièrement implantés en Corse. Si les congrégations des pères barnabites, fondée en 1530, et celle des pères de l’Oratoire, créée en 1564, ne sont pas présentes en Corse, d’autres ordres religieux sont bien implantés. C’est notamment le cas dans les couvents de Belgodere, de Morsiglia, de Casabianca et de Bastia, tenus par les Servites de Marie. Dans le monde catholique moderne, la Compagnie de Jésus s’impose comme l’ordre enseignant par excellence. En deux siècles, elle passe de dix membres à plus de vingt-deux mille, répartis dans plus d’un millier de collèges à travers le monde. Le collège jésuite de Bastia devient un centre majeur de culture et de formation, suivant les principes éducatifs définis depuis Ignace de Loyola et consolidés par la bulle Salvatoris Domini de Grégoire XIII (1576). Afin d’unifier son enseignement, l’ordre élabore en 1599 la Ratio Studiorum, véritable règlement pédagogique commun à tous les collèges jésuites. Sans formuler de théorie abstraite, ce texte organise les études de manière progressive, systématise les exercices écrits et introduit l’émulation scolaire par concours, classements, prix et fêtes théâtrales. Par ailleurs, de nombreux Corses poursuivent leurs études dans les universités italiennes, où ils sont extrêmement nombreux. Ils y forment une communauté active et reconnue. À partir du Second Empire, toutefois, les jeunes insulaires doivent désormais se tourner vers les universités du continent français pour obtenir des diplômes reconnus dans l’île. Cette communication offre un panorama d’ensemble du paysage éducatif corse, en examinant l’organisation des structures d’enseignement, leurs transformations au fil des siècles et les dynamiques culturelles et linguistiques qui les traversent.
10h30. Pause. Questions.
11h : Stella Medori, Maîtresse de conférences HDR en Sciences du Langage, Université de Corse. « La Corse dans les flots de la langue ».
Dire que la position géographique de la Corse dans la Mer Tyrrhénienne a conditionné son histoire et par là la formation de sa langue, est une banalité. Cependant, l’étude des diverses composantes qui la constituent, en particulier depuis sa Romanisation commune avec la Sardaigne jusqu’au basculement qui se produit avec la francisation, permet de mettre en relief les riches relations que le corse a pu entretenir avec les variétés linguistiques proches (Sardaigne, Toscane et autres régions tyrrhéniennes) et parfois lointaines, la façon dont s’est constituée son identité. Cette conférence permettra de découvrir la stratification du corse et quelques-uns de ses aspects constitutifs.
11h 30 : Pauline Fabiani, Agrégée de lettres modernes. Attachée d’enseignement et de recherche à l’université de Corse. « Un « pétrarquisme » européen, méditerranéen…corse ? »
De l’appropriation de Pétrarque et de ses émules dans un corpus poétique corse. Célébré dans la Bible (le Cantique des Cantiques), chanté par les bergers (qu’ils soient de chair ou de papier), codifié par les troubadours et les poètes-courtisans, l’amour est un sentiment et un thème universel et intemporel. Il anime l’Homme et suscite en lui les passions les plus contradictoires. Pétrarque, auteur du Canzoniere, est connu pour être à l’origine d’un renouveau majeur du langage amoureux occidental, langage maintes fois imité, approprié, transformé et dont l’influence s’étend du monde méditerranéen à l’Europe humaniste sur presque trois siècles (voire au-delà, songeons à Baudelaire louant Madame Sabatier dans son poème « Le Flambeau Vivant »). Ce qu’on appelle alors, non sans précaution méthodologique car a posteriori, le « pétrarquisme », tend à désigner autant une imitation, une grammaire, un art de vivre fondé sur le dolorisme d’un poète se mourant d’amour pour une dame inatteignable – et cruelle. Cette vogue, répartie en diverses aires géographiques et culturelles a-t-elle pu avoir une influence en Corse, cette île au carrefour des civilisations et façonner, au moins en partie, son langage poétique, sa psychologie et sa philosophie de l’amour ? C’est ce que cette communication se propose d’examiner à travers l’hypothèse d’une postérité de Pétrarque et du « pétrarquisme » dans la poésie corse (à travers l’étude d’un corpus d’expressions française et, surtout, corse).
Pause. Questions.
12h 30. Déjeuner
SÉANCE DE L’APRÈS-MIDI : Président de séance : Eugène GHERARDI
15h : Michel Edouard Nigaglioni. Ancien directeur du Patrimoine de Bastia. Chercheur au Service régional de l’Inventaire (Collectivité de Corse). « Des peintres d’Italie continentale au service des Corses, aux 17e et 18e siècles ».
Les églises et chapelles de Corse sont dotées d’un patrimoine important (tant qualitativement que quantitativement). Si l’on considère l’ensemble des tableaux contenus dans ces édifices, on se rend compte que 80% des œuvres ont été peintes sur place. Elles ont été réalisées en Corse par des peintres locaux ou par des artistes étrangers à l’île (simplement de passage ou installés pour une période plus ou moins longue). Les 20% restant sont constitués de toiles commandées en Italie continentale puis expédiées dans l’île, en caisse, par voie maritime. C’est à ce groupe particulier qu’est dédiée cette conférence. En se basant sur les résultats obtenus au terme de l’inventaire de plus de 600 édifices religieux, on est en mesure aujourd’hui de présenter une sélection d’œuvres remarquables et représentatives. Elle permet de donner un panorama de ce corpus, d’en saisir l’intérêt, la qualité et la diversité. Les tableaux commandés par des commanditaires corses en « terra ferma » sont souvent des œuvres d’une qualité picturale supérieure à la moyenne de ce que l’on trouve dans les églises de l’île. En effet, la motivation principale d’un commanditaire pour s’adresser à un artiste ne résidant pas dans l’île semble avoir été la recherche d’une œuvre distinguée, voire magistrale. Plusieurs écoles sont représentées dans les 20% d’œuvres en question : il s’agit principalement des écoles génoise et romaine, et plus ponctuellement des écoles florentine et milanaise.
15h30 : Jean Christophe Liccia. Historien et président de l’association Petre Scritte.
Musiciens, artistes lyriques, acteurs et danseurs étrangers en Corse (XVIIe-XVIIIe siècles)
Si les musiciens corses, au son des instruments traditionnels de la cialamella, de la caramusa ou de la cetera, animent les fêtes et les bals de nos villages au XVIIe siècle, la Corse accueille aussi de nombreux musiciens étrangers. Ils y séjournent de quelques mois à plusieurs années, s’y établissent souvent définitivement, apportant avec eux leur propre culture musicale et des instruments parfois nouveaux. Il en est de même pour les artistes lyriques, acteurs et danseurs avec la création du théâtre de Bastia au XVIIIe siècle. Après avoir parcouru les meilleures scènes italiennes voire européennes, ils y représentent des œuvres et des ballets à caractère profane, grande nouveauté dans une Corse jusqu’alors presque entièrement tournée vers le seul spectacle religieux.
Ces nouveaux venus influent ainsi, par touches successives, sur l’ensemble d’une société corse par ailleurs déjà ouverte sur les régions voisines de la Méditerranée. À la fin du XVIIIe siècle, le violon et la mandoline sont désormais les instruments privilégiés des insulaires, de nouveaux rythmes sont progressivement adoptés par les musiciens et les airs d’opéra se diffusent, à partir des villes, dans toute la population.
16h : Michel Vergé-Franceschi, Professeur émérite des Universités. « LA SOIF D’APPRENDRE : UNE CONSTANTE INSULAIRE ».
Sampiero Corso écrivait des lettres à Catherine de Médicis qui étaient « d’excellent gentilhomme » (dixit Brantôme). A son époque, l’un des hommes les plus instruits de Corse était Mgr Giustiniani, évêque de Nebbio, professeur d’hébreu à la Sorbonne, avant de disparaître en 1536 dans un naufrage au large du cap Corse. Ces faits sont authentiques. L’éducation de Paoli à l’Université de Naples paraît plus légendaire. Paoli a été élevé dans une Académie militaire (comme Richelieu l’avait été dans celle de Pluvinel). L’enseignement que lui aurait dispensé Genovesi nous paraît légendaire. Pourquoi ? Pour des raisons de chronologie. Pour manque de sources fiables. Pour l’absence de témoignage de la part de Genovesi. En revanche la soif d’apprendre des Corses de 1286 à nos jours est une réalité annuellement attestée.
16h30 : ECHANGES AVEC LE PUBLIC.
17h : CONCLUSION DE LA JOURNEE : Claude BAUDU
17h 30 : SEANCE DE SIGNATURES-DEDICACES des différents ouvrages des conférenciers. Merci aux auteurs de bien vouloir les apporter.